Le vote électronique, ou e-Voting, est devenu la forme de participation électronique la plus connue en Suisse. L’introduction d’un type de vote à distance paraît logique dans un pays où plus de 90 pour cent d’électeurs votent déjà par correspondance (OSCE, 2015). Les premières tentatives d’introduction d’une application qui permettrait aux électeurs suisses de voter par voie électronique datent de 2000. Les premières expériences pilotes ont eu lieu en 2003 dans le canton de Genève qui s’est ainsi profilé comme pionnier du vote électronique en Suisse. Il a été suivi par les cantons de Neuchâtel et de Zurich qui ont réalisé les premiers essais de leurs systèmes lors de votations fédérales en 2005 (Chancellerie fédérale, 2011). Ainsi se sont instaurés trois systèmes de vote électronique différents qui ont été consécutivement repris par d’autres cantons.

En Suisse, le vote électronique représente un des projets d’e-Government prioritaires. Son introduction pratique est dirigée au niveau cantonal ; il appartient aux cantons de décider s’ils veulent faire partie du projet et quel système ils préfèrent utiliser. Par contre, les règlements définissant les phases d’introduction du projet et les conditions que les systèmes doivent remplir sont prescrits par le Conseil fédéral. Ces lignes directrices concernent principalement les mesures liées à la sécurité informatique des systèmes. Dés le début du projet, l’introduction du vote électronique en Suisse a eu pour objectif principal de faciliter et de sécuriser davantage l’acte de vote pour les Suisses de l’étranger qui constituent ainsi le groupe cible prioritaire. En effet, tandis que les Suisses de l’étranger ont pu commencer à tester le vote électronique lors de votations fédérales déjà en 2004, ce n’est qu’en 2015 que les électeurs suisses résidant dans les cantons de Genève et de Neuchâtel ont pu voté par voie électronique pour la première fois lors des élections fédérales.

Une autre conséquence attendue du vote électronique attrait à son impact sur le taux de participation. La Suisse est un des pays avec le taux de participation le plus bas des pays de l’OCDE (OCDE, 2011). Ce phénomène se manifeste surtout parmi les jeunes qui sont également très peu intéressés par la politique. Le vote électronique comme alternative aux autres modes de vote cible ainsi surtout les jeunes électeurs. Une des promesses du vote électronique est l’augmentation du taux de participation et le renouvellement de l’intérêt aux affaires publiques. Toutefois, il n’est pas encore possible de déterminer si ces effets se sont produits en Suisse faute des restrictions imposées sur le nombre d’électeurs qui sont autorisés à voter par voie électronique.

En Suisse, le vote électronique est toujours en phase de test et son utilisation est en général restreinte à un certain pourcentage d’électeurs pour des raisons de sécurité informatique. Les conditions essentielles que le système doit remplir pour que son usage puisse être généralisé sont la vérifiabilité individuelle et la vérifiabilité universelle. Ces dispositifs de sécurité informatique permettent de vérifier la bonne transmission des votes (Chancellerie fédérale, 2015). Les systèmes de vote électronique de deuxième génération utilisés dans les cantons de Genève et de Neuchâtel remplissent aujourd’hui la condition de vérifiabilité individuelle qui permet aux électeurs de vérifier que leur vote a été transmis correctement. L’introduction de la vérifiabilité universelle constitue la prochaine phase du projet et la condition nécessaire de l’ouverture du vote électronique à l’ensemble des électeurs résidant ou immatriculés dans les cantons concernés (Chancellerie fédérale, 2015).

Depuis les premiers essais pilotes dans les trois cantons pionniers, le vote électronique est devenu un moyen de participation démocratique légitime en Suisse. Le nombre de cantons qui proposent le vote électronique ainsi que le pourcentage d’électeurs qui émettent leurs votes par voie électronique ont augmenté considérablement. Cependant, l’avancée du projet a été ralenti en août 2015 suite à la décision du Conseil fédéral de ne pas autoriser l’usage du système de vote électronique zurichois lors des élections fédérales. Le système zurichois a été au fil des années repris par plusieurs cantons suisses alémaniques et un canton romand au sein d’un groupe appelé Consortium. La raison principale justifiant cette décision a été la non-conformité du système aux exigences de sécurité informatique. L’objectif de la Chancellerie fédérale de permettre à la plupart de Suisses de l’étranger de voter lors des élections fédérales de 2015 par voie électronique n’a ainsi pas été atteint. En effet, uniquement les électeurs suisses de l’étranger immatriculés dans les cantons de Genève, de Lucerne, de Bâle-Ville et de Neuchâtel ont pu voter électroniquement.

Le futur du vote électronique en Suisse est devenu plus incertain suite à la décision du Conseil fédéral. Malgré le ralentissement du projet, on constate que la décision s’inscrit dans la philosophie guidant l’introduction du vote électronique en Suisse. En effet, la Chancellerie fédérale souligne la priorité de la sécurité du vote par rapport à la vitesse de son introduction. La conséquence principale de la décision a été l’abandon du vote électronique dans les cantons concernés et la dissolution du Consortium. Plusieurs cantons qui en faisaient partie ont cependant exprimé le souhait de continuer le projet, mais avec un système différent. Ainsi, la grande question est quel système de vote électronique les cantons privilégieront s’ils décident de reprendre le projet. La solution évidente serait la reprise du système genevois ou neuchâtelois. Les cantons pourraient, cependant, aussi opter pour le développement d’un nouveau système, l’usage d’un système développé dans un autre pays ou l’adaptation du système zurichois aux exigences du Conseil fédéral. Comme les managers cantonaux du projet admettent que les coûts représentent un obstacle important à la généralisation du vote électronique (Cahlikova, 2016), le développement d’un nouveau système au niveau cantonal semble peu probable. Le recours à un système développé par une entreprise privée pourrait causer des problèmes au niveau des droits de propriété et de la protection des données. En plus, un système produit par un fournisseur externe devrait être adapté aux exigences de sécurité prescrites par le Conseil fédéral. La solution la plus envisageable pour les cantons souhaitant rejoindre ou reprendre le projet de vote électronique est par conséquent l’utilisation d’un système suisse existant.

Le canton de Fribourg qui faisait partie du Consortium a récemment annoncé sa décision de continuer sa participation au projet de vote électronique en adoptant le système neuchâtelois. Il reste à voir si les autres cantons de Consortium vont suivre son exemple ou opteront pour une autre solution. Entretemps, la Chancellerie fédérale continue à suivre la même stratégie quant à l’introduction du vote électronique et soutient chaque canton qui décide de faire partie du projet. Les systèmes genevois et neuchâtelois restent les seuls qui remplissent les exigences de sécurité prescrites.

Sur l’auteur:

Tereza Cahlikova est doctorante en science politique à l’Université de Lausanne. Sa recherche porte principalement sur l’introduction de la démocratie digitale et du gouvernement électronique en Suisse.

Bibliographie:

Cahlikova, T. (2016). Introduction of e-Participation in Switzerland: Impact of transparent policy-making and of the empowerment of citizens. Yearbook of Swiss Administrative Sciences 2015. SGVW – Swiss Society of Administrative Sciences, kdmz: Zurich, pp. 49-60.

Chancellerie fédérale (2011). Vote électronique : Dates clés. Link [15.02.2016].

Chancellerie fédérale (2015). Vote électronique. Un projet commun de la Confédération et des cantons : Extension du vote électronique. Link [15.02.2016].

OECD (2011). Society at a Glance 2011: OECD Social Indicators – Social Cohesion Indicators – Voting. Link [16.02.2016].

OSCE (2015). Swiss Confederation. Federal Assembly Elections 18 October 2015. OSCE/ODIHR Needs Assessment Mission Report.

Les réformes cantonales récentes ont mené à une diminution du nombre de département et à une harmonisation des structures administratives.

Deux modéles directionnels

La structure administrative de l’Etat est exprimée ici par le nombre de départements, dont la direction incombe aux 156 Conseillers d’Etat en fonction au 31.12.2008, avec les 1110 services qui leur sont subordonnés. Le nombre moyen de services par canton (42,7) fournit une indication sur le périmètre étatique variant de 105 (Genève) à 16 (Obwald). Depuis 2006, deux modèles directionnels à sept ou à cinq départements partagent exactement la Suisse en deux.

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Quant à la répartition interne, les cantons de Genève, Bâle-Campagne et Fribourg possèdent un nombre plus élevé de services par département (15; 11; 10), alors que d’autres (NW, OW et TI) ont opté pour une structure plus concentrée avec une moyenne de quatre unités subordonnées.

 

Tendance à la concentration

Autant pour les départements que pour les services, la tendance est à la concentration. Le nombre de départements sur le plan national est passé de 165 en 2004 à 156 en 2008 alors que le nombre de services s’est réduit de 1259 à 1110. Ce retrait ne correspond toutefois pas à une réduction de la taille de l’Etat, mais plutôt à une réorganisation de la gouvernance locale. Nous observons aussi une aspiration à l’harmonisation des pratiques entre les cantons.

 

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L’évolution des structures nous fournit une indication concernant les réformes administratives et la modernisation de l’Etat qui suit ou parfois précède les réformes de l’Administration fédérale. Mais elle nous informe aussi sur l’évolution de la taille et du volume des prestations étatiques. Les réformes débouchent ainsi sur une diminution du nombre de départements: -25% pour la période 1990 à 2008, alors que le nombre de services, après avoir connu une forte augmentation entre 1996 et 2004 (+19%), s’est réduit également. Deux tendances sont observables pour les services: pour treize cantons, plus ou moins forte réduction allant de -2% (TG) à -52% (LU) ; augmentation pour onze cantons allant de +6% (AG) à +104% (AR).

 

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La taille moyenne des ministères se fixe à 7,1 services actuellement contre 5,6 en 1990. La modernisation ne mène donc pas forcément à une réduction de la taille de l’Etat, à l’instar de l’emploi, mais pour certain cantons les réformes administratives ont modifié la conduite politico-administrative avec la réduction du nombre des Conseillers d’Etat, qui vont correspondre exactement au nombre de départements, soit à un processus de départementalisation.

Le texte et les cartes ci-dessus sont tirés de l’«Atlas de l’Etat. Cartographie du fédéralisme suisse».

L’SSSA va publier ces prochains mois, environ tous les six semaines, des articles de focalisation illustrés de cartes portant sur les thèmes suivants:

Profil du personnel
Profil des autorités (1)
Profil des autorités (2)
Organisation et taille de l‘Etat
– Evolution des structures étatiques
– NGP/Modernisation de l’Etat
– Finances publiques

Dans quelques semaines paraîtra l’article sur le modèle NGP et la modernisation de l’Etat. Ne ratez pas cela!

Renseignements: Dr. Christophe Koller, responsable de la BADAC, chef de projets à l’IDHEAP et directeur opérationnel de l’ESEHA; Tél. +41 (0)21 557 40 67; [email protected].

Commande de l’Atlas de l’Etat ici.



C. Koller, A. Hirzel, A.-C. Rolland, L. de Martini (2012), Staatsatlas. Kartografie des Schweizer Föderalismus / Atlas de l’Etat. Cartographie du fédéralisme suisse, Zürich: NZZ-Libro, 2012.

 

Le profil des gouvernements et des organes de pilotage de l’administration varient d’une canton à l’autre. Si le profil des exécutifs change à toutes les élections celui des chancelleries est relativement stable dans le temps.

 

Profil des Gouvernements

Contrairement aux membres du Conseil fédéral, élus par l’Assemblée fédérale, les 156 membres des gouvernements cantonaux sont élus par le peuple. Mais ces derniers sont-ils représentatifs de leurs électeurs? La part des femmes dans les exécutifs cantonaux n’a guère évolué depuis le début des années 2000, en se fixant à environ 20%. Zurich, St-Gall, Schaffhouse et le Tessin sont les cantons où elles sont le mieux représentées, avec au moins 40% des sièges en 2009 (changements dans certains cantons depuis comme dans les cantons de Vaud en 2013 (4/7)!). A contrario, Appenzell Rhodes-Intérieures et Schwytz ne comptaient aucune femme dans leurs gouvernements (1/7 à Schwyz depuis 1.7.2012). La part des conseillères d’Etat est moins importante dans les petits cantons peu peuplés du centre et de l’est de la Suisse. On observe encore une corrélation entre la force des partis de gauche (PS et PES) et la présence des femmes tant dans les parlements que dans les gouvernements.

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Concernant l’âge des conseillers d’Etat, les dirigeants politiques sont rarement très jeunes. En effet, l’exercice du pouvoir s’acquiert avec l’expérience murie à travers une carrière politique à l’intérieur de partis ou de collectivités locales ou régionales. La moyenne d’âge des membres des gouvernements cantonaux était de 55 ans au 31.12.2004. La tendance au vieillissement de la population aura, dans les années à venir des retombées de plus en plus marquées sur l’âge moyen des députés et des conseillers d’Etat. L’introduction de certains changements pourrait ralentir, voire limiter le vieillissement des autorités politiques: introduction du droit de vote et d’éligibilité aux femmes (1971), ainsi qu’aux étrangers depuis quelques années et, dans quelques cantons comme le Jura et Neuchâtel et quelques communes, abaissement du droit de vote sur le plan fédéral à 18 ans ou encore l’introduction de mesures d’incitation à la participation telles que la création de parlements des jeunes dans certains cantons (par exemple GE, JU, VS). Au 31.12.2004, le gouvernement argovien se caractérisait par l’âge moyen le plus élevé (60 ans) devant Neuchâtel (58 ans ; fort rajeunissement depuis 2013 !) alors que les exécutifs tessinois et vaudois étaient les plus jeunes (49 ans). Le canton de Vaud compense ainsi la structure âgée de son parlement (47% de plus de 55 ans contre 30% en moyenne) par un profil relativement jeune à l’exécutif (45 ans en moyenne en 2007). A noter également que plusieurs cantons fixent un âge limite inférieur (par exemple 27 ans pour Genève) pour l’éligibilité au conseil d’Etat et seul trois fixent également un âge limite supérieur (65 ans à AR, BE, GL).

Profil des chancelleries

La Chancellerie est l’organe d’état-major qui assure la coordination entre le gouvernement, le parlement et l’administration. Le service du parlement lui est parfois rattaché. De nombreux autres services peuvent être sous la direction des chancelleries, comme les archives, les services informatiques, de traduction, de la législation et d’information. Dans la moitié des cantons, c’est le parlement qui élit le chancelier, alors que le gouvernement le choisit dans l’autre moitié (les cantons latins sauf Fribourg, mais aussi AG, AI, BS, GL, GR, SH et ZH). Au 31.12. 2008, la plupart des chanceliers déclarait être affiliée au PDC (12) ou au PRD (7). Dans quatre cantons (BS, OW, SH, VD), le chancelier se déclarait sans appartenance politique. L’ensemble du personnel des 26 chancelleries cantonales s’élève à 717 personnes en EPT (moyenne 29; médiane 25). Les effectifs de ces organes d’état-major varient fortement non seulement en fonction de la taille du canton, mais aussi en fonction de leur organisation interne: de 7,2 EPT en Thurgovie à 86 au Tessin. Il en est de même pour le nombre de services rattachés aux chancelleries avec un total de 115 pour les 26 cantons, qui va de deux en Appenzell Rhodes- Intérieures, Fribourg et Uri à neuf au Tessin et dix à Zurich (moyenne: 4,4). Les cantons d’AR, JU, OW et UR sont ceux qui dépensent le plus par habitant pour le fonctionnement de leur chancellerie (maximum de 133 francs à Uri et 152 francs à Obwald). A l’inverse, la Thurgovie, le Tessin, Vaud et Zurich dépensent le moins (avec un minimum de 14 francs par habitant dans le canton de Vaud). La moyenne des dépenses des chancelleries s’établit à 49 francs par habitant. Dans les cantons d’Appenzell Rhodes-Intérieures, de Nidwald et d’Obwald, le poids de la chancellerie sur l’effectif de l’administration cantonale atteint plus de 4%, alors que celui-ci est de moins d’un pourcent dans neuf autres cantons. En moyenne, la chancellerie représente 1,6% des effectifs de l’Etat.

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La taille différente entre les chancelleries d’Etat va de pair avec des compétences et une organisation différente selon le canton. Dans certains cantons, les services informatiques de toute l’administration cantonale sont rattachés à la chancellerie (AG, JU). De même, les chancelleries de Zurich et de Bâle-Campagne disposent de sections informatiques. Onze chancelleries ont une section qui s’occupe des informations du gouvernement. Dans d’autres cantons, cette compétence est aussi dans les mains de la chancellerie sans que celle-ci ait une section spécifique. Quelques chancelleries d’Etat intègrent les bureaux de l’égalité entre femmes et hommes (AG, BE, TI), les offices des statistiques (AG, JU, TG), plusieurs la centrale des imprimés et du matériel et certains le service de l’économat et du matériel scolaire (NE, SO, TG)! Les chancelleries d’Etat des cantons d’Argovie, de Saint-Gall et du Tessin possèdent un service s’occupant de la coordination des relations extérieures. Les cantons de Zoug et les deux Appenzell n’ont aucune subdivision de services.

Le texte et les cartes ci-dessus sont tirés de l’«Atlas de l’Etat. Cartographie du fédéralisme suisse».

L’SSSA va publier ces prochains mois, environ tous les six semaines, des articles de focalisation illustrés de cartes portant sur les thèmes suivants:

Profil du personnel
– Profil des autorités
– Organisation et taille de l‘Etat
– Evolution des structures étatiques
– NGP/Modernisation de l’Etat
– Finances publiques

Dans quelques semaines suivra paraîtra la deuxième partie de l’article sur le profil des autorités. Ne ratez pas cela!

Renseignements: Dr. Christophe Koller, responsable de la BADAC, chef de projets à l’IDHEAP et directeur opérationnel de l’ESEHA; Tél. +41 (0)21 557 40 67; [email protected].

Commande de l’Atlas de l’Etat ici.



C. Koller, A. Hirzel, A.-C. Rolland, L. de Martini (2012), Staatsatlas. Kartografie des Schweizer Föderalismus / Atlas de l’Etat. Cartographie du fédéralisme suisse, Zürich: NZZ-Libro, 2012.

Pour en savoir plus:

D. Bochsler, C. Koller et al. (2004), Les cantons suisses sous la loupe (Autorités, employés publics, finances), Berne: Haupt.

Le profil des employés de la fonction publique cantonale se distingue de celui du secteur privé d’abord par une part plus élevée de femmes, peu de jeunes et par une carrière professionnelle plus stable et généralement plus longue.

 

Le profil des employés de la fonction publique se distingue de celui du secteur privé par une part plus élevée de femmes, peu de jeunes et par une carrière professionnelle plus stable et généralement plus longue s’expliquant, entre autres, par la pérennité des institutions et l’atemporalité des missions de l’Etat. Une tendance à la féminisation et au vieillissement des administrations cantonales est constatée, tant au niveau de l ‘administration centrale que pour les services de l’Etat au sens large.

Part des femmes

La féminisation de la fonction publique s’est renforcée de manière significative dans pratiquement tous les pays au cours des 50 dernières années, suivant un mouvement également perceptible dans le secteur privé. La part des emplois féminins de l’administration centrale des pays de l’OCDE est ainsi passée de 41% à 46% entre 1995 et 2005. Le secteur public constitue aussi en Suisse un important débouché en termes d’emploi pour les femmes. Elles sont d’ailleurs largement majoritaires dans les services destinés aux ménages, où elles représentent plus du 60% dans les domaines de la santé, du social et de l’éducation. Leur part est par contre minoritaire pour l’administration centrale cantonale, ne représentant que 38% au 31.12.2008, bien qu’une augmentation soit constatée depuis 2004 (+4 points) (BADAC-esac). Les cantons protestants apparaissent comme davantage favorables à l’emploi des femmes, alors qu’un rattrapage s’observe pour les administrations cantonales des petits cantons catholiques. Une corrélation positive significative est observée entre la part des femmes parlementaires et la part des femmes dans les administrations (+0,4*, p <0,05). La part des employées du «Petit Etat» est également corrélée positivement avec la part des socialistes au gouvernement (0,5*, p<0,05).

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Âge des employés de la fonction publique cantonale

En 2008, l’âge moyen des employés des administrations cantonales était de 44 ans, 46 ans pour les hommes et 41 pour les femmes, variant toutefois d’un canton à l’autre en fonction de la localisation géographique, de la culture et de la vitalité économique. A cette date, 14% des employés de l’administration publique avaient moins de 30 ans, environ 70% étaient âgés de 30 à 55 ans et 18% avaient plus de 55 ans. On observe globalement une plus grande part de jeunes en Suisse occidentale, la Suisse orientale comptant un taux plus élevé d’employés de plus de 55 ans. Le Jura et Fribourg possèdent la plus haute part de jeunes de moins de 30 ans (environ 20%) et le plus faible taux de plus de 55 ans (environ 12%). À l’inverse, Glaris, l’Argovie mais aussi les Grisons possèdent une part plus élevée d’employés de plus de 55 ans. La tendance des 20 dernières années est due à un vieillissement de la fonction publique, ce phénomène touchant l’ensemble des actifs des pays occidentaux. L’âge moyen des employés de l’administration centrale est dans tous les cantons inférieur à la moyenne d’âge des parlementaires, ces derniers étant également partout plus jeunes que leurs ministres (à l’exception du canton de Vaud). Il semblerait ainsi qu’il y ait une règle d’or liée à l’âge pour atteindre les plus hautes sphères de l’Etat.

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Expérience et mouvements du personnel

Le profil des employés de la fonction publique se distingue des employés du secteur privé d’abord par une carrière professionnelle plus stable et généralement plus longue qui s’explique par la pérennité des institutions et l’atemporalité des missions de l’Etat. Cette stabilité du marché de l’emploi public est d’autant plus forte auprès de l’administration centrale car celle-ci demande davantage de loyauté et d’éthique au service de l’intérêt général. L’indicateur pris en compte pour la mesurer se base sur les années de service. La plupart des employés des administrations centrales cantonales possèdent plus de dix ans d’expérience (46%), 38% de deux à dix ans et 16% moins de deux ans. On observe ici des extrêmes avec sept cantons, majoritairement catholiques et alpins, comptant au moins 50% d’employés avec plus de dix ans d’expérience (GL, GR, JU, SO, TI, UR, VS). Les employés cantonaux apparaissent donc comme très expérimentés et/ou très stables dans leurs fonctions.

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Un lien peut être établi entre l’ancienneté et le taux de rotation du personnel. En effet, les nombreuses réformes menées au sein des institutions publiques ont introduit, dans plusieurs cantons, une nouvelle culture d’entreprise empruntée au secteur privé, comme la possibilité de licenciements, l’introduction du salaire au mérite, les bonus et autres mesures. Les critiques à l’encontre de l’Etat et de son mode de fonctionnement, décrit comme peu flexible, les restrictions budgétaires et en général la détérioration des conditions de travail ont amené davantage de mobilité dans le secteur public. La rotation du personnel a ainsi pris également de l’ampleur depuis le milieu des années 1980 au sein des administrations publiques avec le passage à un modèle beaucoup plus dynamique où les changements de poste de travail sont devenus plus fréquents (tous les six à sept ans). Le taux de rotation atteint ainsi en moyenne 10% en 2008 contre 7,6 en 2004 (BADAC-esac), soit un taux proche de celui des employés de la Confédération. Le taux de rotation apparaît plus élevé dans les cantons gérant leurs employés selon les principes de la Nouvelle gestion publique (AG, BE, LU, SO, TG), les départs représentant 7% de l’effectif moyen annuel, alors que les transferts internes restaient très faibles (moins de 1%).


Statuts d’emploi des employés

Le statut de fonctionnaire a été introduit en 1927 pour les employés de la Confédération dans un contexte de crise et d’instabilité économique. La loi fédérale sur le statut des fonctionnaires servira de modèle à la plupart des cantons avec une nomination par période administrative de quatre ans (trois ans avant 1959), l’interdiction du droit de grève et d’associations dont les buts ou les moyens étaient considérés illicites ou dangereux pour l’Etat. Ce statut assurait aussi la sécurité de l’emploi. Or, il a été progressivement aboli dans tous les cantons à partir des années 1990 ainsi que pour le personnel de la Confédération en 2002. La majorité des employés des administrations cantonales possède actuellement un statut relevant du droit public par contrat (57%), principalement dans les cantons alémaniques ainsi qu’à Fribourg. Les cinq autres cantons latins et trois cantons alémaniques (LU, SG, TG) privilégient les engagements de droit public classique (34%), le Jura possédant cependant 36% d’engagements de droit public par contrat. Le Jura est aussi le canton qui compte le plus d’apprentis (11%). Le statut d’auxiliaire est assez rare (3% en moyenne) mais atteint tout de même 15% au Tessin, 10% à Glaris et 8% en Valais. En 2008, les engagements de droit privé existaient seulement dans cinq cantons avec un faible taux (1% du total), à deux exceptions: Zoug (10%) et Neuchâtel (9%).

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Le texte et les cartes ci-dessus sont tirés de l’«Atlas de l’Etat. Cartographie du fédéralisme suisse».

L’SSSA va publier ces prochains mois, environ tous les six semaines, des articles de focalisation illustrés de cartes portant sur les thèmes suivants:

– Profil du personnel
– Profil des autorités
– Organisation et taille de l‘Etat
– Evolution des structures étatiques
– NGP/Modernisation de l’Etat
– Finances publiques

La deuxième contribution portera sur le profil des autorités. Ne ratez pas cela !

Renseignements: Dr. Christophe Koller, responsable de la BADAC, chef de projets à l’IDHEAP et directeur opérationnel de l’ESEHA; Tél. +41 (0)21 557 40 67; [email protected].

Commande de l’Atlas de l’Etat ici.


C. Koller, A. Hirzel, A.-C. Rolland, L. de Martini (2012), Staatsatlas. Kartografie des Schweizer Föderalismus / Atlas de l’Etat. Cartographie du fédéralisme suisse, Zürich: NZZ-Libro, 2012.

Pour en savoir plus :

C. Koller (2012), Le profil du personnel de la fonction publique, in: Manuel de l’administration publique suisse, Lausanne: PPUR, 2013.