Cher Monsieur Marthaler, le sujet du congrès d’automne de la SSSA 2013 sera la «Gestion politique et administrative durable». Qu’est-ce que signifie pour vous – en tant qu’ancien conseiller d’État – le développement durable?

Pour moi, le développement durable doit tout d’abord respecter l’approche du «penser global, agir local». Face à un défi comme l’Humanité n’en avait jamais affronté, il faut impérativement que chacun agisse dans sa sphère d’activité, à son échelle et surtout dans le sens des objectifs adoptés par la communauté mondiale lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992, confirmés en 2012, lors du Sommet Rio+20. Et les administrations publiques ont, à cet égard, une responsabilité particulière.
Il faut surtout éviter de réduire la question à quelques points emblématiques, comme le tri des déchets, l’utilisation du bois dans les constructions ou l’approvisionnement des cantines avec des produits bio et locaux. Tout cela est nécessaire, mais pas suffisant, car on n’agira pas nécessairement sur les leviers les plus puissants que l’on a à sa disposition. Pour illustrer le propos, je peux prendre l’exemple de l’administration fiscale. La déclaration en ligne permet d’économiser beaucoup de papier, mais les règles fiscales constituent le principal outil de redistribution des richesses et d’atténuation des inégalités socio-économiques qui font aussi partie des exigences du développement durable!

Pourquoi le développement durable constitue-t-il également un enjeu pour les sciences administratives?

Je dirais en premier lieu que l’approche holistique du développement durable oblige à mettre en cohérence des politiques publiques qui, jusqu’ici, s’ignoraient. En adoptant une telle approche, on s’aperçoit parfois que certaines politiques sectorielles ont même tendance à s’annuler, alors qu’elles devraient se démultiplier. Ce n’est peut-être pas le meilleur exemple, mais on pourrait imaginer que les politiques de sécurité routière soient coordonnées avec la politique hospitalière et avec celles de la protection de l’air. Souvent, la confrontation de compétences diverses et pointues sur un même sujet produit des idées innovantes et des solutions plus efficaces. C’est ce que j’ai pu, par exemple, expérimenter en légiférant sur l’assainissement de l’amiante dans les bâtiments.

Quelles possibilités existent dans les cantons pour mettre en œuvre le développement durable?

En Suisse, les cantons – et les communes qui dépendent en large partie des politiques cantonales – disposent d’un pouvoir exceptionnel en comparaison internationale. Ils ont donc un pouvoir considérable – et un devoir aussi – pour concrétiser les objectifs du développement durable. A cette échelle, il est possible de proposer des solutions concrètes et dont les effets peuvent se mesurer (par exemple, statistiquement). De plus, les cantons sont d’une certaine manière en compétition, mais ils collaborent aussi, notamment en partageant les expériences réussies. Ce faisant, ils sont capables d’innover selon le modèle de la «coopétition» qui fait le succès des logiciels libres et open source.
Plutôt que de dire comment les cantons devraient s’y prendre pour relever le défi du développement durable, je préconiserais de dynamiser encore plus cette «coopétition» pour que les solutions les plus efficientes et innovantes émergent et se diffusent rapidement.

Qu’est-ce qui nous attend au congrès d’automne de la SSSA 2013 au niveau de votre discours?

Je n’ai jamais été un donneur de leçon! Alors je vais me contenter d’exposer comment et pourquoi j’ai obtenu l’adhésion du Conseil d’Etat et du Grand Conseil pour faire du développement durable le «chapeau» du programme de législature du Gouvernement. Ce fut pour moi une grande satisfaction, car, lorsque je suis entré en fonction en 2003, le développement durable («Agenda 21 cantonal») n’était que la mesure No 35 du programme de législature 2002-2007. Et, durant mon mandat, chaque projet de loi ou de décret a été évalué à l’aune de ce qu’il apportait comme amélioration dans le sens du développement durable. Pourvu que cela dure…!

(Source de la photo: whyopencomputing.ch)

Le congrès de l’automne 2013 de la SSSA a lieu le 22 novembre 2013 à l’Université de Berne. Vous trouvez plus d’information et l’enregistrement ici.



Interview avec:

François Marthaler, ancien conseiller d’État du canton de Vaud.



Interview par:

Les questions ont été posées par la webmaster Michelle Geiger.