Monsieur Loretan, vous êtes entré en fonction comme Directeur général de l’IISA le 6 novembre 2006. Un laps de temps qui vous a certainement permis de nouer les premiers contacts et de vous fixer vos premiers objectifs. Quelles sont les expériences les plus marquantes que vous avez faites durant ces premiers mois?
Tout d’abord, je dirai que j’ai été plongé d’emblée dans un processus d’importantes réformes. Il y a une grande attente à cet égard de la part des différentes instances de l’Institut comme de l’ensemble de ses membres. J’ai très vite constaté qu’il était nécessaire de dynamiser notre image, de donner des impulsions visibles à même de rassurer nos membres et de les encourager à continuer à nous soutenir dans nos efforts. Toutefois, les moyens en personnel sont relativement limités. Il faut non seulement se fixer des priorités, mais encore chercher le maximum de synergies avec nos partenaires. Je dois cependant admettre que la réorganisation – indispensable - du fonctionnement de la direction générale prend plus de temps que ce que j’avais initialement prévu, et parfois malheureusement au détriment d’autres tâches importantes.
Enfin, les contacts avec nos membres étrangers, en particulier les Etats membres, sont fondamentaux. Il y a là un grand travail à faire pour montrer que quelque chose a changé à l’Institut, qu’il s’est réveillé. Les nombreuses invitations que le Directeur général reçoit de la part des organisateurs de conférences dans le monde entier est à cet égard une excellente opportunité. Mais il faut parfois savoir dire non, sous peine de trop privilégier les relations publiques au détriment du traitement des dossiers importants!
Quels sont à votre avis les objectifs les plus importants?
- Il y a deux types d’objectifs. J’ai déjà évoqué le premier en parlant de la réorganisation interne de la direction générale. Celui-là est en bonne voie. Le second concerne les objectifs stratégiques de l’IISA. Nous en avons défini cinq prioritaires :
- La modernisation de notre site web, projet le plus urgent.
- Le développement et la mise en œuvre d’activités de marketing ; c’est un type d’activités qui avait été négligé jusqu’à maintenant et dont l’importance n’est plus à démontrer.
- Le développement d’un concept stratégique de sponsoring et des activités qui en découlent. Ce point est essentiel tant il est vrai que nous devons améliorer les rentrées financières de l’Institut.
- Le renforcement de la transparence de la comptabilité de l’IISA. Des efforts ont déjà été faits dans ce sens mais ce n’est pas encore suffisant. Ils seront donc encore intensifiés pour le prochain exercice.
- Enfin, et c’est le dernier objectif prioritaire, il faut instaurer un système de gestion moderne des conférences, notamment en ce qui concerne l’automatisation des transactions lors des paiements. Des progrès ont été effectués, mais c’est encore insuffisant.
Quels sont les principaux projets qui vont occuper l’IISA et son Directeur général?
Il y a ceux que je viens d’évoquer et qui concernent avant tout le management de l’IISA. Mais il y en a d’autres comme par exemple l’organisation des manifestations majeures ou encore la publication des travaux des différents groupes de travail et de projet que nous avons mis sur pied.
Mais le grand projet d’avenir de l’IISA est d’en faire une incontournable plate-forme internationale de l’administration publique. A cet effet, il faudra mener à bien le processus de réformes en cours, notamment le site web, renforcer les partenariats et la coopération avec d’autres associations, réduire les tensions entre science et pratique en impliquant davantage les praticiens dans l’organisation de panels et de forums spécifiques.
Qu’est-ce qui est prévu dans le domaine du web?
Le site web doit devenir une plateforme non seulement d’information mais aussi de communication interactive. Le maître-mot du web actuellement, c’est la contribution par les utilisateurs. Concrètement, nous aimerions faire en sorte que les personnes actives dans notre réseau puissent s’impliquer en alimentant le site en informations régulières et en facilitant la prise de contact entre elles afin de discuter des questions topiques.
Quelles sont les tâches les plus importantes de l’IISA ?
Les tâches principales de l’IISA découlent de ses propres statuts. Ceux-ci prévoient que l’IISA a pour mission de promouvoir le développement des sciences administratives, l’amélioration de l’organisation et du fonctionnement des administrations publiques, le perfectionnement des méthodes et des techniques administratives et, last but not least, le progrès de l’administration internationale.
Pour ce faire, l’Institut étudie les moyens d’action dont disposent les autorités administratives pour accomplir leurs missions. Il s’intéresse à l’enseignement des sciences de l’administration, à la formation et au perfectionnement des fonctionnaires, aux méthodes d’organisation des services ainsi qu’à la mise en œuvre des différentes disciplines scientifiques relatives à l’administration publique; en outre, il dirige des études et des enquêtes, il élabore des plans et des projets, il conclut des ententes de nature à améliorer l’organisation et le fonctionnement des services publics. Il participe notamment à des programmes de développement dans ces différents domaines.
L’IISA organise chaque année une conférence internationale et publie une douzaine de livres. Comment les thèmes sont-ils choisis ? Est-ce que vous pensez que l’IISA a assez d’influence pour fixer l’agenda dans le domaine des sciences administratives.
Dans la pratique, c’est l’organisateur de la conférence qui prend en général l’initiative de proposer un thème qui revêt à la fois un caractère d’actualité et un intérêt significatif pour la région dans laquelle se tiendra la Conférence. Mais formellement, c’est au Conseil scientifique de l’IISA qu’il appartient de faire des propositions. Ce dernier va donc soutenir ou modifier la proposition de l’organisateur et la transmettre au comité exécutif qui, en dernier ressort, acceptera la proposition ou l’amendera.
En ce qui concerne les ouvrages que nous publions, ils constituent en réalité le résultat des contributions des groupes de travail mis sur pied par l’Institut pour traiter des thèmes spécifiques, préalablement définis par le Conseil scientifique de l’Institut comme étant des thèmes majeurs de gouvernance (CGI). Actuellement, nous avons 5 groupes de travail ou de projet qui traitent les sujets de la sécurité, de l’administration supranationale, de l’histoire de l’administration, du facteur humain en administration publique ainsi que des vertus et des valeurs en administration publique.
Pour ce qui est de l’agenda en matière de sciences administratives, il faut savoir qu’il y a de nombreux acteurs actifs dans ce domaine. Je ne pense donc pas que l’IISA soit seul à le fixer. Mais vu sa dimension mondiale, je pense sincèrement que l’Institut est influent en la matière.
Quels sont vos plus importants partenaires?
L’Institut collabore étroitement avec un grand nombre d’organisations partenaires internationales ou mondiales, régionales ou nationales. Certaines d’entre elles relèvent du secteur privé, la plupart du secteur public ou tertiaire.
Des partenariats entre l’IISA et ses correspondants institutionnels existent déjà. Mais l’IISA doit impérativement mener des actions pour étendre son rôle et renforcer sa participation aux Associations professionnelles en réseau, pour maintenir et développer ses relations et des liens efficaces avec ses partenaires institutionnels et professionnels tels que les Nations unies (UN-UNPAN-UNDESA), le Commonwealth, la Francophonie, l’OCDE, l’ASPA ou encore le CLAD.
L’IISA doit également s’imposer en Asie et en Amérique. Nous entretenons déjà de bonnes relations avec la CAPAM mais il y a encore beaucoup à faire, notamment aux USA et en Amérique du Sud. Nous devons consolider nos liens avec la Francophonie, avec le CAFRAD et l’Afrique. Nous y travaillons actuellement et je rappelle à ce sujet que l’AIEIA, sous-entité de l’IISA, organisera sa conférence annuelle l’an prochain à Kampala, Ouganda.
Comment sont organisés les contacts avec les sections nationales?
En vérité, j’ai l’impression que ces contacts ne sont pas vraiment « organisés ». Ils dépendent de l’esprit d’initiative des différents partenaires ou des rencontres plus ou moins « fortuites » à l’occasion de l’une ou l’autre manifestation. Et c’est insatisfaisant! En fait, un contact régulier avec les sections nationales devrait passer par un engagement accru des vice-présidents régionaux de l’IISA qui serviraient de relai. Mais il y a aussi d’autres pistes complémentaires comme par exemple le nouveau site web.
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Interview avec
Rolet Loretan, Directeur général de l’Institut International des Sciences administratives