Toute politique publique, sur l’ensemble de son cycle de vie, fait appel à diverses ressources dont l’une, très importante, est constituée par l’information. La mise en œuvre des politiques publiques dites à incidences spatiales, de part leur accès direct ou indirect au territoire, nécessite des informations géographiques. A la fois mémoire du territoire, support à la décision ou aide à la communication, l’information géographique constitue une ressource cognitive importante. Elle est la base dans les processus de prise de décision et de gestion à tous les niveaux, du local au global. De plus en plus de domaines y font appel: gestion des dangers naturels, transports, énergie, protection de l'environnement, aménagement du territoire, santé, géomarketing, tourisme pour n’en citer que quelques uns.

Depuis une vingtaine d’années, on assiste au sein des administrations publiques, à la mise en place de systèmes d’information géographique. Souvent menés de manière sectorielle, ces développements trouvaient pour la plupart leur justification en terme d’efficience de la production, de la mise à jour et de la gestion des géodonnées. Certaines administrations y ont vu une dimension collaborative et créent de véritables infrastructures de données géographiques ayant pour objectif de mieux coordonner les activités en relation avec le territoire. Actuellement, la Confédération[1], les cantons suisses[2] ainsi que de nombreuses villes conduisent des activités en ce sens, avec toutefois des approches et des degrés de concrétisation différenciés. Depuis plusieurs années, un programme national vise à favoriser la convergence de ces actions[3].

Au niveau de l’administration fédérale, un accès centralisé aux informations géographiques est ouvert depuis peu via le géoportail de la Confédération[4]. Récompensé par le 1er prix du « Concours qualité 2010 d’excellence dans les services publics[5] », geo.admin.ch constitue la plate-forme de la géoinformation, des géodonnées et des géoservices de l’administration fédérale. Accessible au grand public, on y trouve plus de 100 jeux de géodonnées provenant des divers organismes fédéraux. Plus de 20 portails thématiques spécialisés sont également accessibles. Tout un chacun peut voir, imprimer et commander des géodonnées.

Disponible dans les quatre langues nationales et en anglais, le portail s’adresse autant aux profanes qu’aux professionnels. La page de navigation est construite de manière transparente et la page d’accueil montre en premier les données les plus actuelles. L’accès direct au travers de mots clés facilite la recherche et conduit les utilisatrices et utilisateurs directement à l’information recherchée. Les professionnels trouveront dans la rubrique „Géoservices“ des interfaces pour accéder ou télécharger les géodonnées au moyen de services web.

Le géoportail de la Confédération est géré par l’office fédéral de topographie swisstopo, sur mandat de l’organe de coordination de la géoinformation au sein de la Confédération[6]. Il accueille en moyenne 10'000 visiteurs par jour. Nominée pour le CH Open Source Award 2010, l’infrastructure technique consiste en une combinaison originale de solutions Open Source et de services de type Cloud Computing. En relation avec les infrastructures développées au niveau des cantons et des communes, geo.admin.ch constitue une pièce importante de la future infrastructure nationale de données géographiques (INDG).

A cet effet, la loi fédérale sur la géoinformation[7] vise à ce que les autorités fédérales, cantonales et communales, les milieux économiques, la population et les milieux scientifiques disposent rapidement, simplement et durablement de géodonnées mises à jour, au niveau de qualité requis et d’un coût approprié, couvrant le territoire de la Confédération suisse en vue d’une large utilisation. Cette loi fixe un cadre de référence commun aux données et services géographiques d’intérêt public en vue d’une mise en réseau facilitant leur réutilisation. Elle constitue ainsi le fondement nécessaire à la création d’une véritable infrastructure nationale des données géographiques (INDG), résultat des activités coordonnées de la Confédération, des cantons et des communes.

Il est évident que la réalisation des politiques publiques à incidences spatiales demande une bonne collaboration entre tous les acteurs concernés. Or le premier pas d’une meilleure coopération entre les divers acteurs, c’est d’abord le partage de l’information qu’ils recueillent et qu’ils analysent sur leur territoire commun. Pour que ce partage soit possible, il est nécessaire que ces informations respectent des normes et des références communes, que leur existence soit connue et leur accès ouvert. Les stratégies des administrations doivent être définies dans l’optique de ces possibilités de travail coopératif[8].

Les principales sources de difficultés liées à la mise en œuvre d’une INDG concernent les aspects liés à la normalisation des données, au développement de services Web géographiques distribués, à une harmonisation des politiques fédérales et cantonales de diffusion des géodonnées ainsi qu’à un renforcement des efforts de coordination en matière de production, gestion et diffusion des données géographique entre les échelons locaux et régionaux.

Ce dernier constat est d’autant plus important qu’une infrastructure nationale de données géographiques n’exprime de substantiels bénéfices que lorsqu’elle sert au mieux l’échelon local, là où généralement les conflits territoriaux trouvent leur origine, ou, du moins, s’expriment le plus fortement. La mise en œuvre d’une INDG doit ainsi répondre à la devise «Penser globalement, agir localement !».

Force est de constater que, pour que le partage de l’information géographique soit effectif, il ne suffit pas simplement de régler les questions d’ordre technologique mais qu’il est tout aussi important, si ce n’est plus important, de s’intéresser, en dehors des aspects de financement, aux questions politiques, organisationnelles, juridiques voire même culturelles. Il est primordial qu’il existe une volonté commune de partager. Cette volonté dépend de trois facteurs principaux qui sont: l’attitude de l’organisation gestionnaire en général envers le partage, la pression sociale de s’engager ou non dans le partage et la perception des individus clés de l’organisation de la maîtrise qu’ils ont des activités nécessaires au fonctionnement du partage [9].

Aussi bien faites soient-elles, technologie et base juridique réunies ne pourront que difficilement prendre en compte ces aspects individuels. Or c’est essentiellement de ces derniers que dépendra le succès d’un véritable partage des informations géographiques. Il s’agira en effet de lever les contradictions inter institutionnelles en permettant toutefois à chaque institution de conserver sa spécificité tout en évitant de desservir l’objectif poursuivi de la mise en réseau des géodonnées et géoservices au sein d’une INDG. Un vrai challenge à relever !

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Sur l'auteur et plus d'information:
Alain Buogo, responsable du domaine Coordination, Géoinformation et Services (COSIG)

Département fédéral de la défense, de la protectionde la population et des sports DDPS

armasuisse

Office fédéral de topographie swisstopo

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+41 31 963 23 25 (télécopie)

Mailto:alain.buogo@swisstopo.ch

www.swisstopo.ch



[7] La loi sur la géoinformation (RS 510.62) est en vigueur depuis le 1er juillet 2008

[8] Lengagne Guy 1999, Les perspectives d'évolution de l'information géographique et les conséquences pour l'IGN, rapport présenté au Premier Ministre français.

[9] Montalvo, Uta Wehn de, 2003 : In Search of Rigorous Models for Policy-oriented Research : A Behavioral Approach to Spatial Data Sharing, URISA Journal, Vol. 15, APA I, 2003, pp. 19-31.