L’E-Participation désigne la mise à disposition, à l’attention d’un large ensemble d’acteurs, d’infrastructures technologiques permettant d’accéder à des services collaboratifs en ligne. L’objectif est de permettre au plus grand nombre d’usagers de participer à des services publics en ligne. Son application est particulièrement adaptée dans les cadres législatifs et parlementaires ou dans le contexte de l’E-Gouvernance. Moyen de construction du vivre ensemble, l’E-Participation est potentiellement un atout pour la démocratie. Comme tout objet technologique, elle comporte le danger de créer de l’exclusion.

On peut dès lors se demander quels défis doit relever une E-Participation qui se veut inclusive et non exclusive? Serait-ce un défi d’accès ou un défi de formation?

Il est difficile d’ignorer que les usages de l’internet ont un impact global et transformateur sur la société dans son ensemble.

Le cyberespace est un lieu où la culture participative n’a cessé de se développer. Avec l’ère du Web 2.0 (environnement participatif et communautaire, essentiellement basé sur un contenu créé par l’utilisateur), nous sommes passés d’un monde de consommateurs à un monde de créateurs d’information. Désormais, le natif du numérique façonne la culture. Sa participation créative diversifie la culture et affecte la manière dont elle se développe et est comprise.


Figure 1: Structure du Living Lab Harmonizaton Cube

Nombreux sont les services innovants en ligne qui ont bouleversé le paysage économique. Créés par des entrepreneurs d’un genre nouveau, des natifs du numérique doués et visionnaires, ils ont affaibli de grandes industries établies depuis longtemps comme celles de la musique, de la télévision et de la presse. La (contre-) culture numérique, culture de la collaboration et de la participation active, est aussi devenue la cause de l’abandon de façons de faire considérées comme établies et immuables. Dans le cyberespace, le rôle de l’usager a changé. Prendre en compte l’usager et travailler en synergie avec lui est devenu la condition nécessaire au succès d’un service en ligne. Ceci aussi bien dans sa phase de création que tout au long de son évolution. L’internaute soustend une innovation devenue générative et ouverte.

L’introduction de technologies nouvelles a été de tout temps un processus à la fois créatif et destructeur. Cependant, ce qu’il y a de nouveau avec la révolution des technologies de l’information, c’est le fait de créer et de détruire sans prendre le temps de tenir compte des implications et des conséquences sur l’ensemble. Le basculement que nous vivons, celui d’une société de l’information vers une société de l’innovation, met en évidence un nouveau besoin: celui de la gouvernance comme garant du bien-être de l’ensemble. Sa mission est moins de dire ce qui doit être fait, que d’assurer un cadre global qui favorise l’émergence d’écosystèmes en réseau, dans lesquels la valeur est coproduite et résulte non d’une action linéaire mais de l’interaction entre différents acteurs.

En poussant l’analyse, il apparaît qu’au-delà d’un problème d’accès ou d’un problème d’acquisition de compétences TIC, le fossé numérique est en train de se transformer en fissure au sein même de la société. L’E-Inclusion (1) a une dimension bien plus vaste que celle de l’exclusion à un bien technologique. Elle tend à devenir exclusion à la société dans son ensemble: exclusion à sa participation, exclusion à son façonnement, exclusion à sa progression.

Pour relever le défi démocratique derrière l’E-Participation, il convient de faire appel à des stratégies nouvelles, basées sur la participation des usagers, la cocréation et la gouvernance. Les «Living Labs» (2) ou environnements d’innovation ouverte sont d’autant plus intéressants qu’ils tentent d’intégrer de paire innovation technologique et innovation sociale.

La démarche «Living Labs» vise à combler l’écart existant entre le développement technologique et l’appropriation de nouveaux produits et services, en impliquant dès la phase de conception, une diversité d’acteurs apportant chacun ses compétences et sa vision de la problématique. Le «Living Labs Harmonization Cube» (3) est un cadre de référence permettant de bien cerner les points essentiels à prendre en compte avant de se lancer dans une telle démarche. Ses composantes (faces et facettes) constituent les thématiques essentielles à intégrer si l’on désire créer un «Living Lab», le faire fonctionner dans l’esprit «Living Labs» et l’inscrire dans la durée.

(1) http://www.ict-21.ch/com-ict/spip.php?article87
(2) http://www.ict-21.ch/com-ict/spip.php?article84
(3) http://www.e-babel.org/hypercube/CubeEnoll.html

Sur l'auteur:
Ino Maria Simitsek, Technopédagogue – DIP Genève Membre du projet Living Lab E-Inclusion – CTI/SATW

Source:
eGov Präsenz 1/2010