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Workshop sur les liens entre mandant-e-s d’évaluation et mandataires

Un Workshop tenu au congrès 2015 de la Société suisse d’évaluation (SEVAL) a porté sur les liens unissant les mandants d’évaluation et les évaluateurs/trices. La place respective de ces deux acteurs dans la définition et la gestion d’un mandat a été abordée autour d’une table-ronde réunissant un élu génevois et une professeure spécialisée en évaluation. La discussion a porté sur les liens mandants-évaluateurs/trices ainsi que leurs implications pour l’indépendance de l’évaluation.


Le 4 septembre 2015 s’est tenu le congrès de la Société suisse d’évaluation (SEVAL) à l’Université de Genève. Le choix de la thématique annuelle du congrès s’est porté sur une question toujours d’actualité : « Évaluation et indépendance ». Ce thème entrait particulièrement en résonance avec le 25ème anniversaire du Contrôle parlementaire de l’administration. Dans le cadre de ce congrès, un Workshop s’est proposé d’aborder plus spécifiquement la question de « l’indépendance à l’épreuve de la relation entre mandants d’évaluation et mandataires ». Cet atelier a ainsi offert l’opportunité de réfléchir aux répercussions très concrètes que pouvaient avoir sur l’évaluation les liens unissant commanditaires d’évaluation et évaluateurs/trices. Les questions suivantes ont particulièrement retenu l’attention des participant-e-s : comment assurer son indépendance en tant qu’évaluateur/trice durant les différentes étapes de l’enquête ? Quels sont les moyens de préserver sa liberté dans le cadre d’évaluations cristallisant des attentes parfois très différentes parmi les parties prenantes ? Quelles répercussions peuvent être attendues du contexte – parfois sensible – de l’évaluation sur son déroulement et son contenu ?

Ce Workshop a réuni des intervenant-e-s permettant d’aborder la problématique sous un double point de vue, puisqu’il a été à la fois question de celui du mandant et de celui du mandataire. Mme Katia Horber-Papazian, Professeure en politique locale et évaluation des politiques publiques à l’Institut de hautes études en administration publique de Lausanne (IDHEAP) a partagé son expérience d’évaluatrice, tandis que M. l’ancien Conseiller d’État Pierre-François Unger, longtemps à la tête du Département de la santé du canton de Genève, nous a quant à lui ouvert les coulisses du monde politique en revenant sur son recours à des évaluations dans le cadre de sa fonction. Pour explorer les deux facettes de cette relation mandant-mandataire, les intervenant-e-s ont fait part de leurs interactions dans le cadre de l’évaluation d’une politique sociale genevoise qui les a rassemblés en 2004. Cette évaluation a démarré alors que le responsable politique et une partie des acteurs concernés pensaient avoir l’explication ainsi que la solution aux problèmes qui avaient motivé l’évaluation. Une situation particulièrement inconfortable pour les évaluateurs/trices, qui doivent dès le départ se distancer de ces premières analyses pour se forger par eux/elles-mêmes leur jugement évaluatif, et rappeler aux parties concernées qu’ils/elles ne sont pas certain-e-s d’arriver aux résultats attendus. Les évaluateurs/trices doivent alors également exiger contractuellement une totale liberté méthodologique, l’accès à l’ensemble des informations ainsi que la garantie que l’évaluation sera rendue publique.

Il est ressorti de la discussion que du point de vue du chef de Département, si les conclusions d’une évaluation pouvaient donner lieu à des réorientations imprévues de la politique en question – comme cela a été le cas dans l’évaluation présentée – il était fondamental de pouvoir prouver aux parties prenantes que ces réorganisations se basaient sur des résultats fiables, basés sur une méthodologie solide, portés par une équipe indépendante, et par là même, crédible. L’évaluatrice a de son côté souligné l’importance d’un échange régulier avec le mandant, en l’occurrence le responsable politique, de sorte à lui permettre d’entrer dans la logique de l’évaluation et de s’approprier les résultats et les recommandations de celle-ci, afin d’être à même le moment venu de les présenter aux parties prenantes. Cette démarche est d’autant plus importante que les résultats ne correspondent pas à ceux initialement attendus. L’évaluatrice a enfin rappelé que la crédibilité d’une équipe se construit à partir de la reconnaissance de son indépendance systématique, quoi qu’il en coûte, avec comme garde-fous essentiels une triangulation des méthodes et des sources d’informations, une communication active et transparente auprès des parties prenantes de même que leur inclusion dans l’analyse de l’acceptabilité et la faisabilité des recommandations de l’évaluation.

La conclusion finale a porté sur le fait que les enjeux attachés à une évaluation irréprochable du point de vue des conditions de son indépendance se rapportaient tant à la qualité scientifique des résultats obtenus qu’à la crédibilité proprement politique du processus et des décisions qui en découlent.

Céline Mavrot est assistante et doctorante au Kompetenzzentrum für Public Management (KPM) de l’Université de Berne. Elle est spécialisée dans la recherche et l’évaluation en politiques de santé et de prévention.

Katia Horber-Papazian est Professeure de politique locale et d’évaluation des politiques publiques à l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP) de l’Université de Lausanne. Elle est spécialiste de l’évaluation des politiques publiques, notamment en matière de santé, social, formation et emploi.